Hydroélectricité et mobilité électrique dans les DOM : l'eau au service de la route

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March 24, 2026

L'hydroélectricité : une énergie renouvelable sous-exploitée dans les DOM

Quand on parle d'énergie renouvelable dans les départements d'Outre-mer, le solaire et l'éolien occupent le devant de la scène. Pourtant, l'hydroélectricité est une ressource importante dans certains territoires, notamment en Guyane et à La Réunion. Cette énergie produite par la force de l'eau est stable, prévisible et disponible en continu, des qualités qui en font un allié naturel de la mobilité électrique.

Le barrage de Petit-Saut en Guyane, mis en service en 1994, génère plus de 60 % de l'électricité du département. À La Réunion, plusieurs micro-centrales hydrauliques exploitent les nombreuses rivières et cascades de l'île pour produire environ 15 % de l'électricité locale. En Guadeloupe et en Martinique, le potentiel hydraulique est plus limité mais n'est pas négligeable, notamment sur les rivières des massifs montagneux.

Le barrage de Petit-Saut : pilier énergétique de la Guyane

Le barrage de Petit-Saut, sur le fleuve Sinnamary, dispose d'une puissance installée de 116 MW et produit environ 550 GWh par an. Cette production couvre la majorité des besoins en électricité de la Guyane côtière, le complément étant assuré par des centrales thermiques. Si la totalité du parc automobile guyanais passait à l'électrique, la demande supplémentaire représenterait environ 10 à 15 % de la production actuelle du barrage.

Cette capacité excédentaire, surtout pendant la saison des pluies où le débit du fleuve augmente, pourrait être mobilisée pour alimenter un réseau de bornes de recharge rapide le long de la route nationale 1 entre Cayenne et Kourou. L'électricité hydraulique, produite localement et sans émission de CO2, offrirait aux véhicules électriques guyanais une empreinte carbone quasi nulle.

La régulation de la production hydraulique

L'un des avantages de l'hydroélectricité est sa capacité de régulation. Contrairement au solaire et à l'éolien, la production hydraulique peut être ajustée en temps réel en fonction de la demande. Quand le réseau a besoin de plus d'électricité, par exemple en fin de journée lorsque les conducteurs branchent leurs véhicules, les vannes du barrage s'ouvrent davantage pour augmenter la production.

Cette flexibilité est précieuse dans les zones non interconnectées comme les DOM, où l'équilibre entre production et consommation doit être maintenu en permanence sur un réseau isolé. L'hydroélectricité agit comme un tampon naturel qui absorbe les variations de demande liées à la recharge des véhicules électriques sans déstabiliser le réseau.

Les micro-centrales hydrauliques à La Réunion

La Réunion, avec son relief volcanique spectaculaire et ses précipitations abondantes, dispose d'un potentiel hydraulique remarquable. Les rivières qui dévalent les pentes du Piton des Neiges et du Piton de la Fournaise offrent des dénivelés importants sur de courtes distances, idéaux pour les micro-centrales hydrauliques.

Plusieurs installations fonctionnent déjà sur les rivières du Bras de la Plaine, de l'Est et des Remparts. Ces centrales de petite puissance, entre 500 kW et 10 MW, s'intègrent discrètement dans le paysage et produisent une électricité renouvelable en continu. Leur production pourrait être fléchée vers l'alimentation de bornes de recharge installées dans les communes rurales de l'île, où le réseau de bornes est encore insuffisant.

Le potentiel des stations de transfert d'énergie par pompage

Les stations de transfert d'énergie par pompage (STEP) représentent une technologie particulièrement adaptée aux îles. Le principe consiste à pomper de l'eau vers un réservoir en altitude pendant les heures de surproduction électrique (typiquement le midi, quand le solaire est au maximum) puis à turbiner cette eau pour produire de l'électricité aux heures de forte demande (le soir, quand les véhicules se rechargent).

À La Réunion, un projet de STEP est à l'étude pour exploiter la différence d'altitude entre les cirques et le littoral. Cette infrastructure stockerait l'énergie solaire excédentaire sous forme gravitaire et la restituerait la nuit, créant ainsi un complément parfait au photovoltaïque pour alimenter la recharge nocturne des véhicules électriques.

L'hydroélectricité en Guadeloupe et Martinique

En Guadeloupe, la rivière du Grand Carbet et d'autres cours d'eau de la Basse-Terre volcanique présentent un potentiel hydraulique exploitable. Quelques micro-centrales existent déjà, mais leur contribution à la production électrique reste marginale. Le développement de nouvelles installations, couplées à la géothermie de Bouillante, pourrait renforcer la part d'énergie renouvelable dans le mix électrique guadeloupéen.

La Martinique, avec ses rivières plus courtes et moins puissantes, offre un potentiel hydraulique limité. Néanmoins, des micro-turbines installées sur les réseaux d'adduction d'eau potable permettent de récupérer l'énergie de la pression de l'eau dans les canalisations. Cette technologie, déjà déployée en métropole, pourrait produire quelques centaines de kilowatts supplémentaires sans impact environnemental.

Concilier hydroélectricité et biodiversité

Le développement de l'hydroélectricité dans les DOM doit prendre en compte la richesse écologique exceptionnelle de ces territoires. Les cours d'eau des Antilles, de la Guyane et de La Réunion abritent des espèces endémiques sensibles aux modifications de leur habitat. Les micro-centrales au fil de l'eau, qui ne nécessitent pas de barrage et laissent passer un débit réservé suffisant pour la faune, sont les installations les plus respectueuses de l'environnement.

Les études d'impact environnemental sont obligatoires avant toute nouvelle installation et doivent intégrer les spécificités de la faune et de la flore locales. Des dispositifs de franchissement pour les espèces migratrices, comme les anguilles ou les crevettes d'eau douce des Antilles, sont inclus dans la conception des ouvrages pour maintenir la continuité écologique des cours d'eau.

L'eau et l'électricité : un tandem pour la transition énergétique

L'hydroélectricité est une pièce maîtresse du puzzle énergétique des DOM. Combinée au solaire photovoltaïque, à l'éolien et à la géothermie là où elle est disponible, elle contribue à un mix électrique de plus en plus renouvelable. Chaque kilowattheure hydraulique utilisé pour recharger un véhicule électrique dans les DOM remplace un kilowattheure fossile et réduit d'autant la dépendance énergétique du territoire.

Pour les conducteurs de véhicules électriques en Guyane et à La Réunion, savoir qu'une partie significative de l'électricité qui alimente leur voiture provient de la force de l'eau est une satisfaction supplémentaire. La mobilité électrique, alimentée par l'hydroélectricité locale, incarne une autonomie énergétique concrète qui va bien au-delà du simple remplacement d'un moteur thermique par un moteur électrique.

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